Facteur 4 : diviser pour mieux respirer

Méconnue et pourtant au coeur des politiques environnementales européennes depuis quelques années, la notion de Facteur 4 fixe des objectifs chiffrés aux États souhaitant limiter leur impact sur la planète. Toutefois, elle interroge également leur capacité à limiter la hausse des températures sur le globe.

Qu’appelle-t-on le Facteur 4 ?

D’après le Groupe d'experts intergouvernemental sur l'évolution du climat (GIEC), il est impératif de limiter la hausse de la température moyenne sur Terre à 2°C voire 1,5°C pour la fin du XXIe siècle, par rapport aux niveaux préindustriels (soit avant 1750). Pour y parvenir, les émissions mondiales de gaz à effet de serre (GES) doivent être divisées par deux d’ici 2050, en particulier le CO2 ; l’année 1990 est fixé comme niveau de référence.

L’expression « Facteur 4 » désigne ainsi un objectif écologique et climatique pour les pays qui, comme la France, doivent diviser par quatre leurs rejets de gaz à effets de serre pour répondre à ce défi climatique de 2050. Au regard de ses 67 millions d’habitants en 2018, la France devra rejeter 140 millions de tonnes équivalent carbone par an en 2050, contre 562 Mt CO2éq en 1990.

Comment l’Union européenne agit pour atteindre les objectifs du Facteur 4 ?

Dans son “paquet climat-énergie” de 2008, l’Union européenne (UE) s’est engagée à opérer de premières améliorations en effectuant une réduction de ses émissions de 20% entre 1990 et 2020, voire de 30 % si les efforts communs de nombreux pays dépassaient les attentes. Puis, en 2013, l’UE a étendu ses prévisions dans le cadre de la feuille de route Climat 2050 en se fixant une réduction de 40 % de ses émissions de GES en 2030 et de 60 % en 2040. Elle envisage même l’application d’un Facteur 5 pour l’horizon 2050, avec une réduction des émissions de 80 %.

Pour tenir ces objectifs du Facteur 4, la France doit orchestrer la transition énergétique des secteurs les plus émetteurs en carbone, à savoir ceux du transport, de l’agriculture et du bâtiment. Si ces piliers de l’économie peinent à décarboner leurs activités, celui de l’industrie peut espérer se réinventer plus facilement grâce au développement de l’économie circulaire, promue en mai 2018 par le ministre Nicolas Hulot.

Quels résultats à l’aube de la première échéance de 2020 ?

Les experts oscillent depuis plusieurs années entre déceptions et encouragements. Le Rapport 2013 du Conseil général de l'environnement et du développement durable a estimé que la feuille de route européenne esquissait “un partage de l’effort entre secteurs assez peu réaliste, où par exemple toute l’électricité serait décarbonée en 2050, alors que l’on construit encore actuellement en Europe des centrales à combustibles fossiles”.

De même, la France a fait preuve de bonne volonté dans sa prise en compte du Facteur 4 avec la loi du 13 juillet 2005 de programme fixant les orientations de la politique énergétique (POPE), la loi du 12 juillet 2010 portant sur l’engagement national pour l'environnement, la réaffirmation de son objectif Facteur 4 au Grenelle de l’environnement de 2007, et dans la loi de transition énergétique promulguée en août 2015. Cependant, le Conseil général de l’environnement et du développement durable (CGEDD) estime en avril 2017 que le respect des engagements français vis-à-vis du Facteur 4 “n’est pas garanti”. En 2017 toujours, les chiffres du Ministère de l’Environnement révèlent que nos émissions de CO2 ont augmenté de 3,2 %.

Ainsi, les experts prédisent à la France des difficultés à honorer ses engagements vis-à-vis du Facteur 4, mais davantage d’opportunités proposées à la population sur pour une consommation plus responsable pourraient donner tort aux pessimistes. Par exemple, d’après l’édition 2017 des Chiffres clés du climat France et monde, les véhicules particuliers émettent 53,2% des émissions annuelles de GES dans le secteur du transport (Citepa, juin 2016), soit le secteur le plus émetteur en France. Des innovations dans le secteur de l’éco-mobilité seraient autant de leviers d’action pour les citoyens.

 

Et vous, que faites-vous au quotidien pour lutter contre les émissions de gaz à effet de serre ?

 

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